Timide, le soleil balayait l’horizon. Brillances moirées, au loin, aperçues et oubliées. Un bar, un peu désert, aboyait des échos virils Plongée volontaire dans une lecture forcée, l’attente à la main.
Tout autour calme, calme tout autour.
Les mots enfouis pénétraient le silence, les virgules, les espaces. Sur le pont, le sel léchait inlassablement des corps immobiles. Le temps suspendu balançait ses refrains. Inaltérable moment d’un hasard indistinct.
Tout autour calme, calme tout autour.
Flottant dans l’aphonie des pensées, Seuls les clapotis émoussaient par leurs soupirs le paisible instant. Sens étouffés, clabordant, assourdis par des vagues inlassables. Cris joyeux noyés dans les ondes mouvantes Répétant, opiniâtres, un roulement infini.
Vallée de l’Ouzou, falaises blanches dévêtues Les Asphodèles se balancent au gré du vent, Laissant flotter leurs longs cils blancs, Plumetis vaporeux, soupirs vacillants Chantant l’hallali des amours perdus.
Quand sur le champ des morts, les pas se pressent, Et que la craie s’effrite sans détresse L’élégance danse, voltigeant parmi ces ombrelles. Gracieuses, délicates, toutes frêles, Sur leur tige, fièrement, elles s’érigent. Livrant les marcheurs à leur vertige.
C’est un petit matin aux contours ondulants. Je chemine difficilement sur une route étroite. Un village perché m’apparaît, couronné de nuages. Un rai de lumière traverse cette bâche moutonnée. Des pierres carrées, des pierres orange, colorées par un soleil ardent. Un tracteur bougon s’éloigne lentement.
Des brebis aux yeux noirs s’approchent en bêlant. Une cazelle au toit moussu semble sourire. Une jument s’avance, puis une autre, elles attendent. Je les regarde, les caresse, elles me devinent. Une présence silencieuse qui m’accompagne. Plénitude de l’espace qui m’envahit.
La maison est calme, elle respire. La fraîcheur glisse par les fenêtres grandes ouvertes. À l’orée du jour, les chouettes hululent en s’envolant. Seuls Georgy et Guidéon, les coqs, lancent leurs cris de victoire.
La maison est silencieuse, elle écoute. Dans les troènes, les oiseaux s’animent : bergeronnettes, éternelles pipelettes, étourneaux et pinsons en légers tourbillons.
La maison se réveille, elle parle. Une mouche s’agace, vrombit contre la vitre. Une irrésistible odeur de café l’enveloppe et l’active. Tout semble possible ce matin
Délayer la couleur dans l’eau du souvenir Retenir la transparence de la goutte qui s’échappe Sur le papier rugueux de sa vie buissonnière Poursuivre la sibylle, insufflant la joie d’un tourbillon céleste Sertir la pervenche, ombelle bleuâtre, timide sous le glacis de la mousse
Les feuilles bruissent alors, dorées au soleil, dans le firmament touffu Jouant à perdre haleine sur les dunes de ses pensées
Longtemps attisé, le feu se mélange à la cendre Sans trouver vers le ciel le chemin de l’envol. Il parcourt l’espace s’étirant sans relâche, Dispersant une grisaille qui pénètre dans l’air.
Il revient vigoureux, dévorer bois et feuilles Renaissant du trépas, Phoenix glorieux. Mais au loin une menace le guette ; Les nuages grossissent mais tardent à se rompre.
Une grive, affolée, lance un appel! Et le merle, impatient, lui répond, coléreux. « Qu’attendent donc les cieux pour enfin s’ouvrir ! » Une goutte, puis d’autres « flaquettent » finalement,
Ploc ! Ploc ! Ploc !
Le rythme s’accélère, La buse, soulagée, retourne à son nid, Le coq, dans un cri, se rebelle. L’orage s’abat enfin !
Ardu est le sentier menant à l’extase, Ses méandres s’étalent, se déploient, et se perdent. Il rêve désormais de refuges aux lendemains verdoyants, D’un nid si douillet dont le mystère demeure entier.
Les contours s’effilochent vers ce silence absolu, Obscur, mais si tangible dans sa réalité profonde. Caché dans une mémoire infinie et puissante, Il s’étiole, s’étire, puis s’évanouit dans l’éternité.
Mes jours s’égrènent, Chapelets du soir et rosaires psalmodiés. Je contemple, éblouie, le tapis étoilé, Mes rêves m’échappent, Voyageant dans la brume de l’éther. Au loin, la brise berce le prunier parsemé de pétales blancs, Elle ébouriffe en riant les grappes de glycine qui exhalent au vent leur sourire parfumé, doux, sucré et envoûtant. Au fond de l’allée, la forêt murmure. Les branches des châtaigniers s’agitent dans un dernier frémissement de plaisir. Le sous-bois ralentit ses frissons, La vie qui grouillait sous les feuilles mortes de l’automne dernier S’apaise. La nature, paisible, repue de tant de beauté, S’endort.