Si

Si la poésie était le dernier recours,
Quand le monde est à la dérive,
Les mots volant à son prompt secours,
Trouveraient assurément leur rive.

Si l’amour était pur et sincère,
Quand le monde n’est que mensonge,
Les cœurs amarrés à terre,
Sortiraient tous de leur songe.

Si c’était là notre unique arme,
Quand il n’y a plus d’espérance,
Poésie et Amour, par le charme,
Vaincraient la colère et l’offense.

Un jour d’été

Lire… attente

Tout autour calme, calme tout autour.

Timide, le soleil balayait l’horizon.
Brillances moirées, au loin, aperçues et oubliées.
Un bar, un peu désert, aboyait des échos virils
Plongée volontaire dans une lecture forcée, l’attente à la main.

Tout autour calme, calme tout autour.

Les mots enfouis pénétraient le silence, les virgules, les espaces.
Sur le pont, le sel léchait inlassablement des corps immobiles.
Le temps suspendu balançait ses refrains.
Inaltérable moment d’un hasard indistinct.

Tout autour calme, calme tout autour.

Flottant dans l’aphonie des pensées,
Seuls les clapotis émoussaient par leurs soupirs le paisible instant.
Sens étouffés, clabordant, assourdis par des vagues inlassables.
Cris joyeux noyés dans les ondes mouvantes
Répétant, opiniâtres, un roulement infini.

Tout autour calme, calme tout autour.

Un jour d’été.

Le soupir des ombrelles

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Vallée de l’Ouzou, falaises blanches dévêtues
Les Asphodèles se balancent au gré du vent,
Laissant flotter leurs longs cils blancs,
Plumetis vaporeux, soupirs vacillants
Chantant l’hallali des amours perdus.

Quand sur le champ des morts, les pas se pressent,
Et que la craie s’effrite sans détresse
L’élégance danse, voltigeant parmi ces ombrelles.
Gracieuses, délicates, toutes frêles,
Sur leur tige, fièrement, elles s’érigent.
Livrant les marcheurs à leur vertige.

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Le pas et la pierre

C’est un petit matin aux contours ondulants.
Je chemine difficilement sur une route étroite.
Un village perché m’apparaît, couronné de nuages.
Un rai de lumière traverse cette bâche moutonnée.
Des pierres carrées, des pierres orange, colorées par un soleil ardent.
Un tracteur bougon s’éloigne lentement.


Des brebis aux yeux noirs s’approchent en bêlant.
Une cazelle au toit moussu semble sourire.
Une jument s’avance, puis une autre, elles attendent.
Je les regarde, les caresse, elles me devinent.
Une présence silencieuse qui m’accompagne.
Plénitude de l’espace qui m’envahit.

Matines


La maison est calme, elle respire.
La fraîcheur glisse par les fenêtres grandes ouvertes.
À l’orée du jour, les chouettes hululent en s’envolant.
Seuls Georgy et Guidéon, les coqs, lancent leurs cris de victoire.


La maison est silencieuse, elle écoute.
Dans les troènes, les oiseaux s’animent :
bergeronnettes, éternelles pipelettes,
étourneaux et pinsons en légers tourbillons.

La maison se réveille, elle parle.
Une mouche s’agace, vrombit contre la vitre.
Une irrésistible odeur de café l’enveloppe et l’active.
Tout semble possible ce matin

Aquarelles dans ses pensées


Les feuilles bruissent alors, dorées au soleil, dans le firmament touffu
Jouant à perdre haleine sur les dunes de ses pensées

Magicienne de l’infime

Aurore Janon 2021 Rouge gorge blessé

Elle sait trouver le regard et le geste
Apaisante, elle parle en silence

Elle contemple et dans ses yeux déjà s’animent les pinceaux
Elle observe, émerveillée, la beauté de l’infime, du détail

Elle trouve le volume, la couleur et la forme
Elle donne vie aux objets, à la densité de leur âme

Elle traduit dans le geste le souffle du vivant
Et reproduit l’inexprimable sur la toile

Quand moineau blessé, je gisais dans l’abîme,
Elle a pu, sans paroles, peindre en bleu mon ciel gris.

Silence


Elle peint

Le Phoenix et l’Orage

Longtemps attisé, le feu se mélange à la cendre
Sans trouver vers le ciel le chemin de l’envol.
Il parcourt l’espace s’étirant sans relâche,
Dispersant une grisaille qui pénètre dans l’air.


Il revient vigoureux, dévorer bois et feuilles
Renaissant du trépas, Phoenix glorieux.
Mais au loin une menace le guette ;
Les nuages grossissent mais tardent à se rompre.


Une grive, affolée, lance un appel!
Et le merle, impatient, lui répond, coléreux.
« Qu’attendent donc les cieux pour enfin s’ouvrir ! »
Une goutte, puis d’autres « flaquettent » finalement,


Ploc !
Ploc !
Ploc !


Le rythme s’accélère,
La buse, soulagée, retourne à son nid,
Le coq, dans un cri, se rebelle.
L’orage s’abat enfin !


Le vent se couche au lointain et s’apaise


Le calme revient

Méandres de l’âme

Ardu est le sentier menant à l’extase,
Ses méandres s’étalent, se déploient, et se perdent.
Il rêve désormais de refuges aux lendemains verdoyants,
D’un nid si douillet dont le mystère demeure entier.

Les contours s’effilochent vers ce silence absolu,
Obscur, mais si tangible dans sa réalité profonde.
Caché dans une mémoire infinie et puissante,
Il s’étiole, s’étire, puis s’évanouit dans l’éternité.

Mes jours et mes nuits

Mes jours s’égrènent,
Chapelets du soir et rosaires psalmodiés.
Je contemple, éblouie, le tapis étoilé,
Mes rêves m’échappent,
Voyageant dans la brume de l’éther.
Au loin, la brise berce le prunier parsemé de pétales blancs,
Elle ébouriffe en riant les grappes de glycine qui exhalent au vent leur sourire parfumé, doux, sucré et envoûtant.
Au fond de l’allée, la forêt murmure.
Les branches des châtaigniers s’agitent dans un dernier frémissement de plaisir.
Le sous-bois ralentit ses frissons,
La vie qui grouillait sous les feuilles mortes de l’automne dernier
S’apaise.
La nature, paisible, repue de tant de beauté,
S’endort.