Le soupir des ombrelles

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Vallée de l’Ouzou, falaises blanches dévêtues
Les Asphodèles se balancent au gré du vent,
Laissant flotter leurs longs cils blancs,
Plumetis vaporeux, soupirs vacillants
Chantant l’hallali des amours perdus.

Quand sur le champ des morts, les pas se pressent,
Et que la craie s’effrite sans détresse
L’élégance danse, voltigeant parmi ces ombrelles.
Gracieuses, délicates, toutes frêles,
Sur leur tige, fièrement, elles s’érigent.
Livrant les marcheurs à leur vertige.

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Le pas et la pierre

C’est un petit matin aux contours ondulants.
Je chemine difficilement sur une route étroite.
Un village perché m’apparaît, couronné de nuages.
Un rai de lumière traverse cette bâche moutonnée.
Des pierres carrées, des pierres orange, colorées par un soleil ardent.
Un tracteur bougon s’éloigne lentement.


Des brebis aux yeux noirs s’approchent en bêlant.
Une cazelle au toit moussu semble sourire.
Une jument s’avance, puis une autre, elles attendent.
Je les regarde, les caresse, elles me devinent.
Une présence silencieuse qui m’accompagne.
Plénitude de l’espace qui m’envahit.

Matines


La maison est calme, elle respire.
La fraîcheur glisse par les fenêtres grandes ouvertes.
À l’orée du jour, les chouettes hululent en s’envolant.
Seuls Georgy et Guidéon, les coqs, lancent leurs cris de victoire.


La maison est silencieuse, elle écoute.
Dans les troènes, les oiseaux s’animent :
bergeronnettes, éternelles pipelettes,
étourneaux et pinsons en légers tourbillons.

La maison se réveille, elle parle.
Une mouche s’agace, vrombit contre la vitre.
Une irrésistible odeur de café l’enveloppe et l’active.
Tout semble possible ce matin

Aquarelles dans ses pensées


Les feuilles bruissent alors, dorées au soleil, dans le firmament touffu
Jouant à perdre haleine sur les dunes de ses pensées

Magicienne de l’infime

Aurore Janon 2021 Rouge gorge blessé

Elle sait trouver le regard et le geste
Apaisante, elle parle en silence

Elle contemple et dans ses yeux déjà s’animent les pinceaux
Elle observe, émerveillée, la beauté de l’infime, du détail

Elle trouve le volume, la couleur et la forme
Elle donne vie aux objets, à la densité de leur âme

Elle traduit dans le geste le souffle du vivant
Et reproduit l’inexprimable sur la toile

Quand moineau blessé, je gisais dans l’abîme,
Elle a pu, sans paroles, peindre en bleu mon ciel gris.

Silence


Elle peint

Le Phoenix et l’Orage

Longtemps attisé, le feu se mélange à la cendre
Sans trouver vers le ciel le chemin de l’envol.
Il parcourt l’espace s’étirant sans relâche,
Dispersant une grisaille qui pénètre dans l’air.


Il revient vigoureux, dévorer bois et feuilles
Renaissant du trépas, Phoenix glorieux.
Mais au loin une menace le guette ;
Les nuages grossissent mais tardent à se rompre.


Une grive, affolée, lance un appel!
Et le merle, impatient, lui répond, coléreux.
« Qu’attendent donc les cieux pour enfin s’ouvrir ! »
Une goutte, puis d’autres « flaquettent » finalement,


Ploc !
Ploc !
Ploc !


Le rythme s’accélère,
La buse, soulagée, retourne à son nid,
Le coq, dans un cri, se rebelle.
L’orage s’abat enfin !


Le vent se couche au lointain et s’apaise


Le calme revient

Méandres de l’âme

Ardu est le sentier menant à l’extase,
Ses méandres s’étalent, se déploient, et se perdent.
Il rêve désormais de refuges aux lendemains verdoyants,
D’un nid si douillet dont le mystère demeure entier.

Les contours s’effilochent vers ce silence absolu,
Obscur, mais si tangible dans sa réalité profonde.
Caché dans une mémoire infinie et puissante,
Il s’étiole, s’étire, puis s’évanouit dans l’éternité.

Mes jours et mes nuits

Mes jours s’égrènent,
Chapelets du soir et rosaires psalmodiés.
Je contemple, éblouie, le tapis étoilé,
Mes rêves m’échappent,
Voyageant dans la brume de l’éther.
Au loin, la brise berce le prunier parsemé de pétales blancs,
Elle ébouriffe en riant les grappes de glycine qui exhalent au vent leur sourire parfumé, doux, sucré et envoûtant.
Au fond de l’allée, la forêt murmure.
Les branches des châtaigniers s’agitent dans un dernier frémissement de plaisir.
Le sous-bois ralentit ses frissons,
La vie qui grouillait sous les feuilles mortes de l’automne dernier
S’apaise.
La nature, paisible, repue de tant de beauté,
S’endort.

Narcisse revisité

European robin bird perched on skylight window reflecting in the glass

Il tambourine chaque jour à la fenêtre
Acharné dans sa lutte contre lui,
S’évertuant dans une danse où ses pas s’enchevêtrent,
Voletant, s’enfuyant mais revenant toujours vers lui.

Il tambourine depuis des jours déjà,
Épuisé, las, mais jamais défait.
Cette danse qui le mène au trépas,
Jamais, au grand jamais, ne le satisfait.

De son bec, il lance, téméraire, un défi
Á celui qui le nargue toujours,
Ne lui laissant pourtant aucun répit
Dans le duel dont le prix est l’amour.

Sa fiente, sur la vitre, il déjecte
Orgueilleux et gonflant sa poitrine
Il défie l’autre, l’odieux rival, l’abject
Celui, narquois, qui toujours le fascine.

Quand finira donc cette lutte impavide ?
Lui, l’amoureux, l’aimant, l’intrépide
Se rendra-t-il finalement compte
Que c’est son reflet qu’il confronte.

Pensieri sparsi: Ricordami vivendo

Nel cielo grigio un groviglio di pensieri
Altalenanti come l’ardire del dovere.
La goccia fugge sul vetro opaco
Il passero si allontana volteggiando.
Sulle labbra sue, sottili, un brivido di paura
Trafiggeva il cuore lontano.
Era forte, nell’aria l’odio di lui
Quella porta aperta sui fiumi di sentimenti.
Il fremito voluto ed agognato,
Troneggiava, meschino e maledetto.
A questo cuore malandato voglio dire una preghiera
Di Teseo, non v’è traccia
Il mostro in agguato affonda sempre gli artigli
Nelle vittime consenzienti e indifese
Il terrore le avvolge come una coltre
Che, soffocante, pian piano le distrugge.